Préambule de la recherche :
Parallèlement à l’instauration du Protectorat français au Maroc à partir de 1912, des actualités propagandistes sont tournées et des projections publiques organisées dans tout le pays, y compris à Marrakech. De véritables salles de cinéma marrakchies sont par la suite construites en ville nouvelle ainsi que dans la médina. Ces salles fleurissent au fil des décennies dans l’ensemble de la ville. La plupart des quartiers ont droit à leur salle, et parfois même à plusieurs, comme cela est le cas à Guéliz, à Daoudiate et dans la médina. Ces salles représentent souvent de hauts lieux de loisirs et les seuls équipements culturels des quartiers concernés.
À partir de 1956, sous le Maroc nouvellement indépendant, les salles de cinéma construites par les Européens durant la période coloniale sont progressivement récupérées par des Marocains et de nouvelles salles voient le jour, telles, dans la médina de Marrakech, le Hamra et Zahra.
Cependant, et plus tardivement que dans d’autres pays en raison de leur implantation plus récente au Maroc, la télévision et la VHS (officielle comme pirate) éloignent progressivement le public marocain de ces salles. L’entretien discutable de certaines d’entre elles, entraînant un confort et une qualité de projection défaillants, ainsi que le peu d’éducation à la culture et aux arts dans les cercles scolaires et familiaux, participent également – et surtout – de ce dédain. Beaucoup de ces salles commencent à fermer. Parmi les salles marrakchies plus anciennes est encore actif le Colisée (inauguré en 1953 à Guéliz), ce qui est bien peu au regard de toutes celles dont les portes se sont closes. Créée en 2007, l’association Save Cinemas in Morocco participe à la lutte pour la préservation de salles considérées comme faisant partie du patrimoine national. Malheureusement, ces combats ne les ont pas préservées de la décrépitude : elles sont, aujourd’hui et pour la majorité, des espaces abandonnés, ou dans le meilleur des cas reconfigurés, à l’instar du Régent, qui s’est vu transformer en immeuble résidentiel, du Mabrouka, changé en un restaurant-bar (y subsiste seulement une petite salle de projection consacrée à des événements d’entreprises), ou encore du Paris, devenu un garage-station essence…
Paradoxalement, l’enseigne française Megarama ouvre à partir de 2002 des multiplexes dans plusieurs villes du Royaume. Celui de Marrakech est inauguré en 2006. Les sociétés CinéAtlas, Cinerji et Pathé développent actuellement d’autres projets de multiplexes. Mais ni le Megarama ni aucune de ces futures salles, majoritairement destinés à une certaine clientèle aisée, ne sont implantés en centre-ville de Marrakech, et encore moins dans sa médina qui compte pourtant plus de 80 000 habitants et qui, en 2024, a attiré près de quatre millions de touristes.
Médina où, par ailleurs, avaient été construites et avaient prospéré plus de la moitié des salles de cinéma de la ville.
Le public de la médina de Marrakech, dans toute sa diversité socioculturelle et autrefois très enclin à fréquenter ces salles disposant d’une programmation variée et de tarifs attractifs, se retrouve ainsi, depuis les années 2000, privé de cette ouverture sur le monde offerte par le 7e Art.
Dans ces circonstances, et faute de moyens et d’autorisations pour pouvoir rouvrir ces salles ou en ériger de nouvelles, quelles sont les possibilités pour raviver le plaisir de la découverte collective d’un film sur grand écran ?