Fondation Dar Belarj Située au cœur de la Médina de Marrakech

Ch[a]rita / السِّيس 2026

En appliquant la sémiotique de Roland Barthes à Marrakech, ce texte révèle comment le langage urbain officiel et marchandisé de la ville est activement remis en question et réécrit par les artistes du festival Ch[a]rita, qui utilisent l’art dans l’espace public pour subvertir les dynamiques de pouvoir et faire ressurgir des histoires réduites au silence.




S’appuyant sur « Sémiologie et urbanisme » de Roland Barthes, ce texte considère la ville comme un texte vivant, dans lequel les configurations architecturales reflètent les rapports de force sociopolitiques. En se concentrant sur Marrakech, il met en évidence une profonde rupture urbaine : la ville a perdu son centre unique au profit de pôles périphériques décentralisés, tandis que son emblématique place Jemaa El Fna a été transformée en attraction touristique soumise à la marchandisation, vidée de son sens culturel originel.Cette situation crée un conflit entre un récit urbain officiel, imposé de manière descendante, et la réalité vécue par les habitants de la ville. Pour lutter contre cette forme de normalisation, le festival Ch[a]rita présente les artistes comme des acteurs d’un « contre-détournement linguistique ». À travers diverses interventions dans l’espace public — telles que les fresques murales de Nikki Kohandel, l’archivage chorégraphique et sonore du collectif Ana Hna, ainsi que les installations de Belghiti et Zouine centrées sur le monde rural — les artistes subvertissent les récits dominants.S’inspirant des mises en garde de Victor Hugo contre l’effacement de l’histoire, le festival lit Marrakech comme un livre à plusieurs strates, cherchant à préserver et à réécrire son vocabulaire millénaire.

En articulant la « Sémiologie et l’urbanisme » de Roland Barthes avec le potentiel radical de l’art dans l’espace public, ce texte conçoit la ville comme une entité grammaticale, où les espaces urbains reflètent des dynamiques de pouvoir profondément ancrées, des conflits de classe et des formes de contrôle politique.

À travers Marrakech comme étude de cas, le texte met au jour un vocabulaire urbain fragmenté. La ville est passée d’un centre unique à des pôles périphériques décentralisés, tels que Massira et Mhamid. Parallèlement, la place Jemaa El Fna a connu une rupture sémantique : commercialisée à l’échelle mondiale comme l’âme traditionnelle de la ville, la disparition de ses anciens maîtres l’a laissée réduite à une attraction touristique vidée d’une partie de son sens originel. Cette situation révèle un conflit marqué entre un langage urbain officiel, imposé d’en haut par les autorités pour remodeler l’espace urbain, et le langage secret et authentique de ses habitants.

Le festival Ch[a]rita 2026 positionne l’art comme l’outil ultime d’un « contre-détournement linguistique » visant à reconquérir ce sens perdu. Les artistes interviennent pour subvertir les signifiants établis et donner de la visibilité aux récits réduits au silence :

 

  • Nikki Kohandel réécrit les murs urbains à travers les imaginaires des enfants.
  • Le collectif Ana Hna traduit les transformations sonores et structurelles de la médina à travers la danse.
  • Souki Belghiti et Khaoula Zouine intègrent les voix du monde rural et les relations écologiques au dialogue urbain.

 

En définitive, le festival nous invite à lire Marrakech comme un livre ancien. En faisant écho à la mise en garde historique de Victor Hugo contre l’arrachage des vieilles pages de nos villes, ce récit croisé affirme que l’art dans l’espace public est essentiel pour résister à l’amnésie urbaine et permettre que l’identité millénaire et stratifiée de Marrakech soit déchiffrée et préservée, plutôt qu’effacée.